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litterature

2018-06-04T12:16:29+02:00

Perline, Clémence, Lucille et les autres...

Publié par Catherine et compagnie

Titre : Perline, Clémence, Lucille et les autres...

Auteure : Jeanne-Marie Sauvage-Avit

Genre : roman historique

Année de parution : 2014

 

 

Perline, Clémence, Lucille et les autres...

L'histoire :

" En 1914, le destin des femmes est scellé par les hommes. Mais la guerre éclate. Aux champs comme à la mine, dans les transports et les administrations, les maris, fils et pères sont réquisitionnés. alors les femmes s'organisent. Perline, Clémence, Lucille et les autres relèvent leurs manches. Pendant que les tragédies se déclinent à l'infini - mort, peur, attente, deuils -, elles doivent réinventer leur vie, pour elles comme pour le pays tout entier. Pour ces héroïnes d'un nouveau genre, il faut agir, produire, récolter. L'heure de l'émancipation et de l'affranchissement du joug des hommes a sonné."

Mon (humble) avis :

J'ai bien aimé ce roman qui relate des vies de femmes durant la Grande Guerre. L'histoire se passe dans un village sur les hauteurs de Saint-Etienne, en Auvergne. Sans les hommes, les femmes ont bien dû continuer à vivre, à faire tourner le village. La femme du cafetier a pris la place de son mari derrière le comptoir. A la ferme, les femmes ont semé et récolté. Dans les usines, les femmes ont occupé des postes d'ouvrières et de secrétariat. Tout cela nous semble normal aujourd'hui mais ne l'était pas du tout il y a 100 ans. La guerre leur a permit de s'émanciper, ou tout du moins leur offrait une chance de se rendre compte qu'elles étaient capables de vivre par elles-mêmes. Au retour des hommes, les femmes ont été licenciées et sont retournées à leurs occupations d'avant-guerre, c'est à dire à s'occuper de leur foyer. Ce livre montre bien la difficulté de se soumettre à nouveau à un mari après avoir passé des mois, des années, à faire tourner la boutique et parfois même à rendre une affaire florissante. Les hommes voulaient revenir chez eux et que tout soit comme avant, comme pour se donner l'illusion que rien ne s'était passé et qu'ils n'avaient pas perdu ses années d'horreur. Mais ils n'ont pas compris que rien ne serait plus jamais comme avant. Et même si il faudra attendre 1944 pour que le droit de vote soit enfin accordé aux femmes, elles avaient changé au plus profond d'elles-mêmes, malgré leur silence et leur retour dans la cuisine.

Ce roman est donc un roman féministe bien sûr, et un roman historique très bien documenté également (l'auteure est une prof d'histoire à la retraite). C'est aussi un livre romantique.

J'ai dévoré ce bouquin, même si on peut regretter quelques poncifs, ainsi que des idées prêtées aux femmes de l'époque sans doute trop avant gardiste (la bonne sœur pro-avortement en 1915, je ne suis pas sûre que ça se soit tellement vu). Ce livre m'a un peu fait penser aux sagas de Marie-Bernadette Dupuy ( j'avais lu la saga Angélina et celle du Moulin du Loup). On y retrouve les mêmes thèmes de l'amour impossible/contrarié. On retrouve également toujours l'animal-ami et la personne âgée de confiance /confidente, aux idées très modernes pour son temps. L'héroïne toujours sublime, aux rondeurs parfaites, est très intelligente, féministe, indépendante, rebelle mais extrêmement bien éduquée et savante, bien que paysanne. Elle s'élèvera dans la société grâce à toutes ses qualités. Si ces ficelles classiques de la saga romantique ne vous gênent pas, et mieux encore si vous en raffolez, vous passerez un très agréable moment de lecture. Sinon vous en ferez fi et apprécierez néanmoins le travail historique.

Bonne lecture et à bientôt !

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2018-04-10T16:41:56+02:00

La Reine de la Baltique

Publié par Catherine et compagnie

Titre : La Reine de la Baltique

Auteure : Viveca Sten

Traduction : du suédois par Rémi Cassaigne

Éditeur d'origine : Albin Michel

Genre : Polar

Année de parution en Suède : 2008

L'histoire :

Un corps est retrouvé sur une plage de l'île de Sandhamn, au large de Stockholm. L'inspecteur Thomas Andreasson, un habitué de ce petit bout de terre jusqu'alors paradisiaque, est chargé de l'enquête. Il penche pour une noyade accidentelle, jusqu'à ce qu'un second cadavre soit retrouvé dans une chambre d'hôtel de l'île. Nora Linde, sa meilleure amie qui passe justement ses vacances à Sandhamn, décide d'aider Thomas et va finalement découvrir la vérité à ses dépens.

Mon (humble) avis :

Un bon polar soft pour se détendre sur la plage des vacances. Amateur(trice) de polar noir, passez votre chemin. Ici on se promène sur la plage en Suède, on part en excursion avec l'héroïne et ses enfants, on se demande si elle va finalement accepter ce nouveau job et si il va se passer quelque chose entre elle et Thomas, car décidément, on aimerait bien que le vilain mari passe à la trappe. Ou si Thomas va lui préférer sa collègue qui n'est autre que la fille de son boss. Et au passage, au milieu de tout cela, on suit une enquête policière. J'avais deviné le coupable avant la moitié du livre mais peu importe, ça ne m'a absolument pas gênée et j'ai passé un bon moment jusqu'à la fin. Il fait partie de cette grande famille de livres que je range dans la catégorie "ambiance". On a beaucoup comparé Viveca Sten avec Camilla Lackberg et c'est vrai qu'il y a des similitudes dans l'ambiance, dans les personnages, et biensûr avec la Suède en toile de fond. Néanmoins les intrigues de Camilla Lackberg sont plus abouties et plus noires, ce qui ne plaît pas forcément à tout-le-monde. D'ailleurs je n'ai jamais pu lire son 3ème opus "Le Tailleur de pierre" puisque j'ai lu qu'il s'agissait de maltraitance sur enfant, et pour moi, c'est juste pas possible. Je n'aime pas être trop impliquée émotionnellement dans mes lectures, donc La Reine de la Baltique m'allait comme un gant. Les enquêtes de Viveca Sten ont été adaptées à la télévision sous le titre "meurtres à Sandhamn". Je suis tombée dessus par hasard tout récemment, alors que je venais juste de finir le bouquin. Ça n'avait pas beaucoup de rapport avec le livre, des passages entiers ont été complètement inventés. Et surtout l'acteur qui joue Thomas, que j'imaginais super canon (c'est clairement ce que nous laissait penser Viveca) n'est pas du tout à la hauteur de mon imagination. Grosse, grosse déception ! Oui c'est futile mais que voulez-vous, ça m'a bloquée. Enfin bref, tout ça pour dire que le livre est vraiment mieux que la série. 

Bonne lecture et à bientôt !

 

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2018-02-28T15:11:29+01:00

Mon enfance sauvage

Publié par Catherine et compagnie
Mon enfance sauvage

Aujourd'hui j'ai envie de vous présenter ce récit qui me tient beaucoup à coeur. Mon mari en avait entendu parler à la radio et il s'est dit que ça me plairait. Il avait raison. J'ai même adoré ce livre, je l'ai dévoré en quelques soirées. Cet article est sans-doute un peu brouillon, car il a été écrit au fil de la plume, dans la passion du sujet. Je mélange pas mal de choses qui n'ont pas forcément de lien direct avec "Mon enfance sauvage", mais c'est tout ce en quoi ce livre fait écho en moi.

 

Titre : Mon enfance sauvage

Auteur : Djalla-Maria Longa

Editions : Glénat

Genre : Récit

Année de parution : 2011

Prix : Lauréat du prix littérature Pyrénées 2012

 

Je l'ai lu à une époque de ma vie, il n'y a pas si longtemps du reste, où j'avais 2 bébés à mes cotés au quotidien, plus mon grand, qui ne l'était que de nom puisqu'il devait avoir dans les 5 ans. J'étais en plein maternage, dans un désir de retour à la terre, d'une éducation alternative pour mes enfants, d'une vie plus simple en général, plus roots en fait. Je voulais qu'on aille s'installer dans une yourte en pleine campagne, qu'on élève des chèvres et des poules et qu'on vende nos œufs et nos fromages sur les marchés. Mais mon mari n'était pas d'accord... J'étais abonnée au magazine "Grandir Autrement", d'ailleurs si ça vous dit, leur blog c'est ici  . Je m'étais mise depuis plusieurs années déjà aux couches lavables, aux écharpes de portage, aux produits ménagers home-made, je m’intéressais aux pédagogies alternatives comme Freinet et Montessori. Je fréquentais des forums de "parentalité positive" et tout un tas d'autres choses qui vont avec la démarche d'une vie plus écolo, plus libre, plus riche de sens, basé sur la simplicité volontaire. Ma bible du moment c'était "Élever son enfant autrement" de Catherine Dumonteil-Kremer :

 

 

Il en existe une version plus récente aujourd'hui. Je tiens à dire au passage que je ne renie rien, et que je suis toujours prête à faire mon balluchon pour aller m'installer dans ma yourte ! Bref, je nageais là-dedans quand me tombe entre les mains cette pépite de rootsitude : "Mon enfance sauvage", écrit par une Djalla-Maria Longa qui a mon âge et qui n'est jamais allée à l'école. (ah oui car il faut savoir que je voulais pratiquer l'instruction à la maison à cette époque, mais figurez-vous que mon mari n'était pas d'accord non plus).

L'histoire :

Durant les années 80 dans les montagnes ariégeoises, un couple, Patrice et Barbara, les parents de l'auteure, choisissent de vivre isolés du monde et de la modernité. Ils élèveront leurs 8 enfants sans eau courante, sans électricité, et sans école. Un mode de vie dur, sans confort, que Djalla-Maria a souvent remis en question. Sans renier son enfance qu'elle sait extraordinaire, elle a toujours été attirée par ce "monde d'en bas" comme disait sa mère pour parler du monde moderne. Djalla-Maria nous livre un récit à cœur ouvert, sincère et inclassable, comme elle. Des photos tirées de l'album de famille finissent de nous étonner et de nous émerveiller devant une vie si simple.

Les conditions de vie trop extrêmes à mon goût de l'enfance et de l'adolescence de Djalla-Maria ne me font pas rêver. Néanmoins, elle ainsi que ses frères et sœurs ont grandi avec une liberté qui nous est inconnue. IIs sont quasiment tous devenus auto-entrepreneurs, dont Djalla-Maria, en plus d'être écrivaine. Pour moi, elle est l'image de la femme libre. Elle a toujours suivi son cœur, libre du carcan de notre société formatée qui ne pense la réussite qu'en terme financier. Il se dégage de cette fratrie XXL, à travers les pages, une grande confiance. Confiance en soi et en ce monde qu'ils ont su si bien affronter, précisément parcequ'ils ne le connaissait pas. Chacun a fait ce qu'il avait envie de faire, sans se poser la question de savoir si c'était possible ou non. Ça me fait penser à la citation de Mark Twain, d'ailleurs auteur de "Les Aventures de Tom Sawyer",  on reste bien dans le thème :

 

" Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait".

 

Extrait :

 

" Avec le temps, Barbara devint un peu moins stricte et lâcha un peu de lest. Certes, elle restait fidèle à ses principes fondamentaux, mais notre vie était moins rude. Par exemple, ce n'était plus sabots aux pieds que nous allions, mais bottés de caoutchouc ou chaussés de simples souliers. Le plastique, interdit naguère, était maintenant toléré en cas de nécessité. Certains de nos habits, jadis tous tricotés en fibres naturelles, comportaient parfois du synthétique ; ils provenaient de plus souvent de dons - amis voisins, amis des villes -, sinon des friperies du Secours populaire ou catholique de Saint-Girons. Barbara faisait un gros tri, ne gardant que les vêtements les moins salissants, les moins "chimiques", et les plus adaptés à notre vie. Je choisissais bien sûr les habits de couleur rose ou pastel, mais Barbara me les arrachait des mains pour les mettre sur le tas destiné à la poubelle. La nécessité et l'opportunité, oui ; la frivolité, non.

Patrice souriait intérieurement. il avait suivi cette femme jusqu'au bout de l'aventure, sans jamais perdre sa propre personnalité, sans jamais adhérer aveuglément à tous ses principes. Petit à petit, il la faisait évoluer vers moins de rigidité, vers plus d'ouverture : le voyage, le camion, la musique avec les amis, les cassettes du poste radio, les leçons dans les champs, les contrôles scolaires...Ce fut parfois difficile. Ainsi, l'installation de l'évier dans la maison, dont la seule hypothèse avait rendu ma mère hystérique. patrice l'avait laissé crier, puis, calmement, écoutée. Malgré la menace - "c'est l'évier ou moi !" -, il gagna la partie, à notre plus grande joie. Plus besoin, l'hiver, de se geler les doigts, dehors, dans l'eau glaciale !"

 

"En descendant de la montagne" , paru en 2017 est la suite de "Mon enfance sauvage".

 

 

Pour visiter le site internet et voir les autres livres de Djalla-Maria Longa, cliquez ici

 

Pour aller plus loin sur les thèmes de l'éducation libre, de la simplicité volontaire, de la décroissance et des écovillages :

 

- Le livre "Libres enfants de Summer Hill" de Alexander S.Neil

 

 

- Le livre "Les apprentissages autonomes" de John Holt

 

 

- Le livre "La ferme des enfants" de Sophie Rabhi (la fille de Pierre), où il est question d'école au service du développement de l'enfant et non l'inverse, et de la construction d'un écovillage.

Et son blog "Resistance Inventerre" Ô combien inspirant c'est :

 

 

- le livre "Vers une sobriété heureuse" de Pierre Rabhi

 

 

- le livre "Petit traité de décroissance sereine" de Serge Latouche

 

 

- le film-documentaire " Être et devenir" de Clara Bellar : ici

 

 

- le génial magazine et blog alternatif "Kaizen" : ici

 

Ce n'est qu'une petite liste absolument non-exhaustive, bien évidemment. Il existe des tas et des tas de livres, de blogs et de ressources en tout genre sur tous ces passionnants sujets, si ça vous intéresse.

 

Bonnes lectures, et à la prochaine !

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2018-02-22T10:05:37+01:00

Longue marche

Publié par Catherine et compagnie
Longue marche

Titre : Longue marche

Auteur : Bernard Ollivier

Editions : Libretto

Genre : récit de voyage

Année de parution du tome 1: 2000

Trilogie :

I. Traverser l'Anatolie

II. Vers Samarcande

III. Le Vent des steppes

En 1998, quelques jours après avoir pris sa retraite, Bernard Ollivier, journaliste, décide de partir. A pied. De Paris à Compostelle. Cette première marche, véritable voyage initiatique, le transforme en profondeur et il revient avec deux grands projets en tête :

Le premier, créer une association pour permettre à des jeunes en grande difficulté de se reconstruire par la marche. Cette association s'appelle "Seuil" et voit le jour en 2000. Bernard Ollivier a d'ailleurs écrit sur le sujet "Marche et invente ta vie" dans lequel il dresse un premier bilan de cette aventure humaine. Vous trouverez un article de Nicolas Santucci sur le sujet, paru dans Libération le 11 février 2015 ici

Le deuxième, continuer à marcher, pour lui. Et c'est ainsi que ce monsieur, entre mai 1999 et juillet 2002, a suivi la route de la Soie, cette route mythique qui le fait tant rêver, d'Istanbul à la Chine. Amoureux des poètes persans tel qu'Omar Khayyam, on pense forcément à Amin Maalouf et en particulier à son fabuleux "Samarcande".

Il ne s'agit nullement d'un exploit sportif, bien qu'il en soit un, mais d'une quête. Bernard Ollivier s'est dit que c'était possible. Il a eu assez confiance en l'être humain pour imaginer qu'il était possible de s'en remettre quotidiennement à l'autre. C'est aussi beau que fou, mais ce qui l'est encore plus, c'est qu'il avait raison.

Sans idéalisme non plus car il savait son voyage dangereux et il a eu l'occasion de se le prouver plus d'une fois. Certaines zones ont été traversées la peur au ventre. La déception a été quelquefois au tournant, car la route de la Soie est aujourd'hui surtout celle des camions, et les caravansérails, symboles de la grandeur d'une époque révolue, ont quasiment tous disparus faute d'entretien.

L'auteur nous dépeint un tableau de l'Orient contrasté où la modernité à l'Occidentale côtoie les rigidités d'une société conservatrice et le repliement religieux.

Entre galères et mauvaises rencontres, Bernard (oui, après tout ce qu'on a traversé ensemble, je l'appelle Bernard, si vous permettez...) nous entraîne dans un road movie à pied dans lequel tout à coup, au détour d'un chemin, surgi un être singulier, qui deviendra un ami d'un jour, d'une heure, mais qu'on n'oubliera jamais. Dans lequel tout-à-coup, au terme d'une ascension qui n'en finissait plus, apparaît face à nous un panorama à couper le souffle.

Dans ce long récit, il y a la relation à l'autre bien sur , accepter de le rencontrer vraiment, mais il est aussi (et j'allais dire surtout) question d'introspection. Nous cheminons à ses côtés au fil de ses quelques 1049 pages (que constituent la trilogie), on s’émerveille avec ses yeux de la beauté du monde, on constate qu'il y a décidément des cons partout, mais des gens bien aussi, on rit, et on referme le livre avec l'impression de quitter un ami avec qui on a beaucoup partagé et à qui on a envie de dire merci.

Extrait 1 :

" Et puis, dans ces vies, j'ai trop couru. Jamais le temps, comme les boutiquiers derrière moi dans le compartiment, qui s'affairent pour la nuit en papotant. Il fallait gagner sa place, travailler, étudier, mériter ses galons. Toujours poussé par des nécessités bouffonnes dans le flot de la foule, sans cesse aller, cavaler, vite, plus vite. La société tout entière accélère encore cette galopade insensée. Dans notre folie de bruit et d'urgence, qui trouve encore le temps de descendre de sa machine pour saluer l'étranger ? J'ai faim, dans cette troisième vie, de lenteurs et de silences. De m'arrêter pour un regard bordé de khôl, un mollet de femme qui se dévoile, une plaine brumeuse noyée de songes. pour manger un bout de pain et de fromage, le cul dans l'herbe, le nez au vent. Et quoi de plus adapté pour cela que la marche à pied ? Le plus vieux mode de déplacement du monde est aussi celui qui permet le contact. Le seul, à vrai dire. Assez de voir des civilisations en boîte et de la culture sous serre. Mon musée à moi, ce sont les chemins, les hommes qui les empruntent, les places de village, et une soupe, attablé avec des inconnus."

Extrait 2 :

" Ils sont des centaines, pare-chocs contre pare-chocs, sur deux files, dans les deux sens. Ces cohortes de camions, à n'en pas douter, préfigurent l'enfer. Leurs moteurs geignent, crachant une fumée épaisse, grasse et noire. A la descente, en seconde, les turbinent hurlent. Le couinement des freins et l'éternuement des circuits d'air comprimés qui se vident me vrillent les oreilles. Des volutes de gazole mal brûlé empoissent l'air et doivent aller vicier jusqu'à la mésosphère. Minuscule piéton parmi ces monstres d'acier éructants, assommé par un soleil de plomb, j'attaque la montée sous l'oeil réprobateur ou éberlué des chauffeurs. Je me sens petit, fragile, menacé."

Extrait 3 :

" A midi, pas le moindre restaurant en vue. j'interroge un pompiste qui me confirme que je ne trouverai rien avant une bonne quinzaine de kilomètres. Il n'a rien à vendre, ni jus de fruit, ni gâteaux secs. Je repars lorsqu'il m'interpelle : - ...mais j'ai mon déjeuner. Viens, on va partager."

 

Bonnes lectures, bon vent, et à la prochaine !

 

 

 

 

 

 

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2018-02-21T11:45:56+01:00

Histoire d'un Allemand de l'Est

Publié par Catherine et compagnie
Histoire d'un Allemand de l'Est

Non non, pas de pâtisserie aujourd'hui ! Je souhaite diversifier un peu mon blog parceque ma place n'est pas qu'à la cuisine ! J'ai donc créé une nouvelle rubrique "littérature" pour vous présenter des livres que j'ai aimés. J'espère que vous apprécierez ce premier article et que vous serez indulgents ; je n'ai absolument pas la prétention de jouer les critiques littéraires !

Titre : Histoire d'un Allemand de l'Est

Auteur : Maxim Leo

Traduction : de l'allemand par Olivier Mannoni

Editions : Actes sud/Babel

Genre : Récit historique et autobiographique

Année de parution en Allemagne : 2009

Il s'agit du récit autobiographique de Maxim Leo, aujourd'hui journaliste à Berlin. Quelques photos sont insérées dans le récit, ce qui le rend encore plus vivant.

Maxim Leo avait 19 ans au moment de la chute du mur de Berlin en 1989. Il retrace 60 ans de l'histoire de sa famille et 60 ans d'histoire tout court. La seconde guerre mondiale, entre un grand père qui a combattu dans la résistance française, et un autre plutôt penché du côté du national-socialisme. La vie quotidienne sous le communisme en RDA, la censure omniprésente, la désinformation, la peur d'être dénoncé pour tout et surtout n'importe quoi. La fidélité aveugle de certains au Parti, la désillusion pour tous. Les situations plus absurdes les unes que les autres. Etre conditionné au point d'avoir l'occasion de "passer à l'ouest", mais de rester là, figé entre deux mondes, devant une frontière invisible, parceque parfois, les murs les plus infranchissables sont dans nos têtes. Quelques mois avant la chute du Mur, l'ambiance change, devient électrique ; il se passe quelque chose. La jeunesse et son désir fou d'autre chose, de découvrir le monde. D'en avoir sa part.

Extrait 1 : premier jour à l'université populaire - printemps 1987

"Notre professeur d'éducation civique se prénommait Ecki, et il tenait à ce que nous l'appelions ainsi. Ecki avait une barbe, de petits yeux tranquilles, il portait des sandales et de grosses chaussettes de laine. Au premier cours, il inscrivit au tableau une citation de Heine :   

" Nous avons grand besoin d'une Allemagne unie de l'extérieur et de l'intérieur." Pendant un cours entier, nous avons discuté de cette phrase qui me paraissait tellement dangereuse que je n'osai pas la recopier dans mon cahier. Je ne m'étais encore jamais demandé si une réunification pourrait avoir lieu un jour. Cela impliquait que la RDA aurait été condamné à disparaître, ce que je ne pouvais pas imaginer. Ecki nous expliqua qu'en philosophie, il était important de penser l'impensable, sous peine de rester constamment bloqué dans le présent.

" Soyons donc des philosophes, pour une fois, et réfléchissons à ce qui pourrait venir après la RDA." Nous étions comme électrisés : aucun d'entre nous n'avait jamais entendu quoi que ce soit de semblable en cours d'éducation civique. Ecki dessina deux colonnes sur le tableau noir. Nous devions lui énumérer tous les avantages et tous les inconvénients de la RDA, tels qu'ils nous venaient à l'esprit en l'espace d'une minute. Bizarrement, seuls les avantages me vinrent alors à l'esprit - il est vrai que nous n'avions jamais cessé de les apprendre par coeur. Les autres réagissaient apparemment de la même façon. La deuxième colonne resta vide.

" Voilà qui semble être un pays parfait", dit Ecki avant d'écrire sous la rubrique "Inconvénients" : Les élèves n'osent pas dire ce qu'ils pensent."

Extrait 2 : Après la chute du Mur

" Quelques semaines plus tard, je suis entré en RDA avec mon passeport de l'ouest. Ce fut une étrange expérience : j'en avais toujours rêvé, mais tout se passait autrement que prévu. La RDA n'était plus là qu'en apparence, et chaque allemand de l'Est pouvait  désormais aussi être un Allemand de l'Ouest. A cela s'ajoutait le fait que ceux de l'Ouest commençaient déjà à me taper sur les nerfs. Ils parlaient de la RDA comme s'il s'agissait d'une zone touchée par une épidémie de choléra. on disait que nous étions corrompus par la dictature, que notre caractère était faible et notre formation insuffisante. Je prenais ça pour moi, ce qui me déstabilisais encore plus, moi qui voulait n'avoir jamais rien eu à faire avec la RDA. Mais il s'installa tout d'un coup, ce sentiment que je n'avais jamais éprouvé auparavant : ce "nous" qui avait eu tant de mal à me venir aux lèvres. Je crois que je ne me suis jamais senti aussi proche de la RDA qu'après son naufrage."

 

    Si cette page historique vous intéresse, je vous recommande chaleureusement de poursuivre  avec l'excellent film " Goodbye, Lenin ! " réalisé par Wolfgang Becker en 2003, avec en acteur principal le non moins excellent Daniel Bruhl (désolée Dany, mon clavier ne me permet pas de mettre un umlaut sur ton u, mais le coeur y est).

 

Bonne lecture les amis, bis bald !

 

 

 

 

 

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